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C’est une agglomération rurale et joliment vaudoise qui a pris de la hauteur -près de 780 m - comme pour mieux voir arriver le cours du temps et ne pas déranger celui de la Broye; une rivière qui lui est invisible mais qui coule pourtant au bas de son horizon; un horizon qui, parfois, côté Jura, lui fait voir un soupçon de Neuchâtel et lui dévoile un coin de lac, pudiquement, en s’excusant presque de faire miroiter un rivage auquel ses habitants n’ont pas droit. Côté est, en revanche, en se hissant tout au bout de son haut et en s’accolant à la terre fribourgeoise qu’il mordille d’ailleurs un peu, le village se donne un droit de regard unique sur la chaîne des Alpes; par dessus le regard des Dzodzets et sans même leur demander la permission.
Pour tout dire, qui vit à Lovatens est convaincu que sa situation, entre Jura et Alpes, est exactement celle qu’il lui faut. Solidement attaché au flanc de ses coteaux, il semble évident qu’il s’est mis de lui-même à l’endroit qu’il s’est choisi et que ce choix semble avoir été fait depuis toujours et pour l’éternité. On ne connaît d’ailleurs pas son âge. Un manuscrit du Xème siècle mentionne pour la première fois le nom de Louatingis dans la charte de l’abbé Burcard de Saint-Maurice qui y fit défricher une concession, un abergement. Néanmoins, des vestiges romains découverts en 1810 pourraient faire remonter l’histoire de la commune jusqu’à l’antiquité.
A sa façon de ressusciter chaque matin, à l’aube naissante, on voudrait croire que le village aurait déjà pu apparaître ainsi lors de la création du monde. Il faut dire que ce lieu rime joliment avec dieu! En effet, le Dieu chrétien du Paradis de même que les dieux gréco-romains de l’Olympe ont droit de cité à Lovatens. Pour preuves: A la gloire du Dieu qui est le nôtre et qui a élu domicile dans une chapelle discrète à l’entrée du village, la traversée de celui-ci a toujours été le passage obligé, quand arrivent les beaux jours, des pèlerins venus du nord qui se rendent à Saint Jacques de Compostelle. En ce qui concerne les dieux anciens, Lovatens aurait été le détenteur, à l’endroit dit “Au Marais”, d’une voie romaine ainsi que d’une pierre antique portant l’inscription “Deae Minervae”. Quoi de plus heureux pour cette agglomération que d’être liée à la déesse Minerve qui fut - excusez du peu! - la protectrice de Rome? Mieux qu’une minerve cervicale soutenant une colonne vertébrale, elle maintient la pérennité de la commune aussi sûrement que la commune maintient l’effigie de la déesse dans ses propres armoiries.
Au bénéfice du village, on peut ajouter à la célébrité de Minerve le renom du théologien et pasteur Louis Germond, né en 1795, qui exerça à Echallens et s’illustra en fondant l’oeuvre des diaconesses de Saint-Loup.
Si quelques familles font partie du patrimoine de Lovatens; si les Germond, les Giroud, les Léchaire, les May, les Ogay, les Pichonnat et les Poras y ont semé leur nom, chacun peut venir y faire fleurir le sien; qu’il soit du pays, de l’étranger ou d’une autre planète, pourvu qu’il y vive pleinement, longuement et, s’il le peut, « vaudoisement »
En cette année 2009, des quelques 138 villageois, huit ont déjà renouvelé quatre fois leurs vingt ans et 27 ne connaissent pas encore l’âge où il faut attendre quatre ans pour atteindre les premiers vingt ans. Mais la jeunesse de Lovatens, qu’elle ait déjà mangé ou non son adolescence, se signale activement et généreusement: elle organise parfois soirées et repas, conviant au partage la population entière.  
Quant aux autres, dont l’âge mûrit encore ou arrive à maturation, ils remontent chaque jour la pendule de leur devenir en comptant le temps qu’ils ont gagné ou perdu à travailler dur, à être l’un des 8 exploitants agricoles qui règnent sur 335 hectares de terre nourricière; ou à être l’un de ceux, l’une de celles, qui ont pour métier d’exploiter toutes leurs capacités. Car à Lovatens, si on laboure, sème, fauche, si on assainit aussi des coins de forêt, si on bataille avec du bétail, si on coule deux fois par jour un lait pas laid du tout, si on soigne, opère, ressuscite quelques machines agricoles dans un atelier mécanique... on imagine aussi des images dans une manufacture d’idée, on touche à la céramique, à la serrurerie, on fait de la musique; et si ce n’est l’art du contrepoint on pratique celui de la courtepointe. On peut même être à la fois concierge, cantonnier, fossoyeur, couleur de lait et être à l’affiche de théâtres ou de concerts pour un jour s’afficher dans un opéra à la Scala de Milan. On pourrait enfin facilement s’y faire écrivain ou conteur, voire affabulateur et mentir goulûment en prétendant que dans les temps anciens un pauvre homme, amoureux d’une belle anglaise promise à lui mais attendue en vain et trop longtemps, aurait donné le nom de “Love attend!” à sa propre maison et par la suite à toutes les autres; ou encore que les premiers habitants pour conjurer toutes sortes d’inondations auraient appelé notre village “L’eau! va-t-en!” 
Amis, crédules ou non, si vous trouvez à ces lignes un chouïa d’intérêt; si un détour par Lovatens ne saurait vous déplaire; si vous osez prendre la route à gauche en montant de Lucens à Romont ou, venant de Moudon par Chesalles, à délaisser Sarzens et plonger vers la droite pour vous élancer dans notre direction; bref, si vous vous sentez soudain l’âme d’un “Lovatensophiles”, sachez que vous serez toujours les bienvenus chez nous... et cela à toutes heures du jour et de la vie.

                                                                                                      La sentinelle du petit village,
                                                                                                      en hongrois, Kisfaludy Oers